Je me souviens d’une banale expérience adolescente, qui maintenant me fait sourire, mais que j’aurais été incapable d’expliquer à l’époque.
C’était lors d’un flirt.
Moi – On pourrait sortir ensemble, ça serait marrant.
Elle – marrant? … Ça serait marrant?!!!
La jeune fille était choquée. Quand à moi je ne comprenais pas les mots qui venaient de sortir de ma bouche, ni le rire bête qui avait suivi.
J’étais jusqu’à ces mots plutôt à l’aise, je lui plaisait depuis longtemps et je le savais, j’avais le beau rôle. Mais en quelques instants, c’était moi qui me retrouvait en position maladroite, avec de l’incompréhension contre moi même.

Pourquoi ce retournement soudain de situation?

Tout simplement parce qu’à cet âge je ne savais rien de ce que je voulais et de ce que je ne voulais pas, je ne savais pas m’écouter. Je ne cherchais qu’à m’étourdir, pour ne pas entendre mes questions existentielles que je jugeaient pâles et indignes de mes fantasmes de perfection.

Quelque années plus tard, en y repensant par hasard à la vue d’une photo de l’époque, j’ai éprouvé de la sympathie pour cet ado que j’étais: j’ai compris que les mots qui étaient sortis de ma bouche ce soir là n’étaient que la vérité. En étant plus franc j’aurais pu dire à cette jeune fille « On pourrait se mettre ensemble, ça serait complètement idiot, on ne va tellement pas ensemble que ça en serait risible ». Et c’est en obtenant plus tard, bien plus tard ce que je voulais: une jeune femme que j’aime et avec qui je me sens parfaitement bien, que j’ai appris à écouter pleinement ce que je ne voulais plus depuis longtemps: des relations qui n’en sont pas réellement.
Se montrer ouvert face à ce que l’on veut, reconnaître rapidement les véritables occasions d’être plus heureux et satisfait, oui, c’est déjà s’aimer.
Se montrer ferme avec ce que l’on ne veut plus, également, c’est déjà s’aimer.
Revenons à l’ado que j’étais. Voici le schéma, par ordre d’importance, de mes « critères » conscients de l’époque pour une relation satisfaisante:

1- Pouvoir frimer auprès des potes.
2- Être un gagnant dans le jeu « féroce » de la séduction.
3- Être fier de moi.
Il vaut mieux en rire, j’étais bien de mon âge et de notre époque: beaucoup trop loin de mes ressentis réels pour connaître ce qui pouvait me rendre heureux. Je ne pensais qu’à flatter mon ego, je ne m’aimais pas suffisamment pour croire à d’avantage dans ma vie…
Tenter de flatter son ego par le couple c’est ne pas croire à une vie encore meilleure… qu’un simple jeu de fantasmes.
Laissons de côté votre ego et ses images trop parfaites, laissons aussi un temps tous les clichés et « conseils faciles », les écueils comme « entretenir le mystère », « se faire désirer ». Soyons sérieux, ce genre de jeux revient à traiter la relation à l’autre comme sont traitées les séries télés qui cherchent, entre deux épisodes, à rendre le spectateur addict. Tenter de mettre du piment dans une rencontre avec des effets de plumes et de masques, pourquoi pas si vous savez ce que vous faîtes et que vous vous aimez. Mais soyez prudent, en abuser trop longtemps revient toujours à éviter soigneusement la véritable rencontre, avec soi et avec l’autre.
« Entretenir le mystère », « se faire désirer » sont des activités souvent pratiqués comme défense refoulée. Le piège dans ce cas de figure est que la personne a l’impression de jouer, jusqu’à ce qu’elle s’en morde les doigts une fois de plus dans une profonde solitude intérieure, un goût de manque d’accomplissement.

Il est donc raisonnable selon moi de se libérer de ces jeux de masques en décidant un jour de faire place à la vraie vie, celle qui mérite d’être vécue. Laissons les subterfuges, les images que l’on veut projeter faute de se trouver suffisamment désirable. Considérons les fondamentaux d’une bonne relation, d’une vraie rencontre.
Les fondements d’une relation heureuse c’est, avant toute autre chose, aimer la présence de l’autre, se sentir bien en sa compagnie et puiser dans ce bien être tranquille les ressources d’énergie nécessaires pour donner le meilleur de soi même, dans une vie déjà assez compliqué comme ça.

Le pouvoir de vous sentir digne d’amour tel que vous êtes, avec vos imperfections et votre désir de faire au mieux chaque jour, vous aimer, est un des plus puissants cadeaux pour votre relation actuelle ou à venir. Le reste n’est souvent qu’un jeu pour se donner de l’importance … Au risque de se sentir seul. Posséder le pouvoir de se sentir un « bon parti » amène à choisir sans hésiter entre ce que vous voulez et ce que vous ne voulez plus.
Et comme la plupart des choses qui touchent à l’amour cela marche dans l’autre sens:
Développer la capacité de reconnaitre et de choisir, immédiatement quand elles se présentent, les situations les plus satisfaisantes pour vous, cela amène à s’aimer d’avantage.
Développez cette capacité avec la plus grande attention, c’est le sport des gens heureux. Vous ne direz plus de telle ou telle personne « Elle a de la chance », vous reconnaitrez un pratiquant de ce sport.